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Challenge 2022 RIRE

Challenge 2022
52 NUANCES DE RIRES







Après une année de poésie (Les Poèmes de l'aube), un challenge quotidien associant textes et photographies ou tableaux, j'entame un nouveau challenge plus léger car hebdomadaire :
des textes courts, radiophoniques et humoristiques, qui peuvent aussi être interprétés par des acteurs solitaires et ne doivent pas dépasser 5 minutes "à voix haute", bruitages compris.
J'ai lu ou lirai certains d'entre eux dans l'émission de radio A Fleur de Peau.








1- COMMENT NE PAS NOYER LE POISSON


Ann Rocard

Texte écrit après avoir ouvert au hasard mon dictionnaire préféré (Le dictionnaire des Expressions de la langue française, par Alain Rey et Sophie Chantreau) et avoir pêché le mot poisson (le thème de l'émission portant sur la notion de déclencheurs).
Texte lu pour la première fois lors d'une émission "A Fleur de peau" de RCF en septembre 2021.




Pour faire plaisir au petit Merlu, le fils du voisin, je lui ai acheté un ticket de tombola, et j’ai gagné un poisson rouge. Il n’avait que la peau sur les arêtes, ça m’a émue bien sûr.

Et me voilà dans la rue, un sac transparent à la main, dans lequel Fish-and-Chips nage entre deux eaux. Fish-and-Chips, je trouve que ça lui va bien.
Le boucher me lance en plissant ses yeux de merlan frit : « Alors, vous allez noyer le poisson ? » Sa façon à lui de se moquer des végétariens. Quel goujon, non quel goujat ! Je mets le turbot et m’éloigne.

Au bar du coin, le lieu pas le poisson évidemment... Vous me direz que le lieu prête à confusion. Bon, vous m’avez comprise. Au bistrot du coin, les clients sont serrés comme des sardines. Tous les regards se tournent vers mon poisson voyageur, et c’est moi qu’ils prennent pour un pigeon. Il y en a même un avec une raie sur le côté qui sifflote en se frappant la tempe : « Siphonnée du bocal... »
Il n’a pas tort, c’est un lot empoissonné.

En parlant de bocal, il a fallu que j’en trouve un pour que Fish-and-Chips puisse faire des ronds dans l’eau. Il paraît que les poissons rouges adorent les carottes, la salade, les épinards, les petits pois et les courgettes. J’ai lu ça sur internet. Ils aiment aussi les aliments carnés. Je lui aurais bien offert un ver au bar, mais le pigeon siphonné du bocal m’avait suffi.

L’aquarium 1 étoile trône maintenant sur l’étagère. Fish-and-Chips me fixe de son œil glauque, à tel point que je finis par croire qu’il essaie de me dire quelque chose. Il y a anguille sous roche. Trois bulles courtes, trois bulles longues, trois bulles courtes ! S.O.S. en morse. J’en reste muette comme une carpe. Alors j’emprunte l’appareil à faire des bulles du petit Merlu... et on commence à communiquer.

Je lui tends une perche : « C’est le thon qui fait la chanson », et il mord à l’hameçon. Il laisse éclater des bulles chantantes : « Sole sole sole ! » Une note répétitive, rien à voir avec le poisson-scie si si. Je suis tout ouïe. Et comme disait Raymond Devos, ça me fait « marée ».

Fish-and-Chips a l’air heureux comme un poisson dans l’eau. Mais ce n’est qu’un leurre.
Soudain, il débranche ses branchies, comme s’il n’avait pas l’anchois... enfin, le choix. En fait, il déprime, verse des larmes de crocodile. Et le bocal finit par déborder. Fish-and-Chips en profite pour filer à l’anglaise et je me console en coinçant la bulle. Drôle d’histoire qui finit en queue de poisson.


***






2- MAUVAISE RENCONTRE dans l’air du temps


Ann Rocard

Lu pour la première fois lors d'une émission "A Fleur de peau" de RCF en octobre 2021 (le thème de l'émission étant la gestion du temps par les créateurs).




Hier, j’ai vu courir un inconnu avec de longues dents. Une vraie course contre la montre, mais il ne portait aucune montre ni au poignet ni autour du cou.

Je lui ai demandé :
« Que faites-vous ? Un marathon ? »
Il a haussé les épaules et m’a répondu :
« Je cours après le temps ; l’avez-vous vu passer ? Je dois absolument rattraper le temps perdu. Barbu, ventru, il s’appelle Chronos, CH mais il n’est pas suisse. »

Montre en main, depuis trente minutes, je n’avais vu personne, je m’étais contentée de fixer mon cadran.
« Qu’est-ce que vous lui voulez à ce monsieur Chronos ? »
L’inconnu a fait claquer ses dents :
« Je ne vous ai pas demandé l’heure qu’il était. »
Et j’ai répliqué :
« Désolée, je n’aurais pu vous la donner. C’est embêtant, j’ai perdu la petite aiguille. C’est encore un coup du chat, celui qui ne miaule pas, le chas de l’aiguille, il faut toujours qu’il se fasse remarquer. J’ai cherché mon aiguille dans la moindre botte de foin. Rien. Mon boulot, c’est de remettre les pendules à l’heure... Alors vous comprenez, je n’ai plus de point de repère, moi qui suis réglée comme une horloge. »
« Je compatis », a dit le type qui ne compatissait pas du tout, mais se contentait de prendre du bon temps.

Il a grogné comme pour s’excuser :
« Tout à l’heure, je suis arrivé à toute allure, il faut bien que je fasse une pause. Ça vous dérange ? Vous cherchez midi à 14 heures ? »
A ce moment-là, l’église a sonné douze coups, ça m’a rassurée, il devait être midi.
J’ai regardé l’inconnu discrètement, quelque chose clochait... Mais quoi ? J’avais l’impression que j’allais passer un mauvais quart d’heure.

Soudain il a grimacé :
« Je ne me nourris pas de l’air du temps. Je suis chronophage. A midi, c’est l’heure, à midi une, ce n’est plus l’heure. »
J’étais horrifiée :
« Vous voulez tuer le temps ? »
« Je suis chronophage. Je me tue à vous le dire », s’est énervé le type qui me regardait de travers.
« En plus, vous avez des idées suicidaires. »

Il était temps de trouver une porte de sortie pour ne pas croire ma dernière heure venue. Il n’y a pas d’heure pour les braves, comme je ne suis pas brave... En deux temps trois mouvements, j’ai ouvert la première porte qui me tombait sous la main. C’était celle de Pôle emploi. Il y avait une place à la météo pour faire la pluie et le beau temps. Alors j’ai changé de métier.


***






3- EXPÉRIENCE EXTRA ET INTRACORPORELLE


Ann Rocard


Lu pour la première fois lors d'une émission "A Fleur de peau" de RCF en octobre 2021 (le thème de l'émission étant le rapport au corps).





Cette nuit, j’ai fait une expérience incroyable. Vous allez me dire : Tu as rêvé ! Je n’en suis pas sûre.
Un bruit quelconque m’avait sans doute réveillée...

Je me lève telle une somnambule et je vais boire un verre. En voulant me recoucher, je réalise que la place est déjà prise par quelqu’un qui me ressemble comme deux gouttes d’eau.
Je me pince, non je ne dors pas. Je la pince, car c’est une femme comme moi. Elle dort profondément et se contente de bougonner.

Imaginez mon désarroi !
J’ai déjà lu plusieurs livres sur les expériences extracorporelles, étudiées scientifiquement à Genève. C’est pourquoi je conclus de manière efficace : OBE, out of body experience. Il suffit d’attendre, je finirai bien par réintégrer mon corps. Quoi que... parfois les protagonistes aient un peu de mal à y retourner.

Ceux qui font ce genre d’expérience parviennent souvent à changer de lieu, singer les passe-muraille... Ça ne me déplairait pas. J’essaie donc de franchir la porte sans y parvenir. Dommage. Il y en a qui frôlent le plafond, en apesanteur, et découvrent par exemple ce qui est caché depuis une dizaine d’années sur le haut de l’armoire qu’on n’aspire jamais. Moi, je me contente de piétiner sur le parquet.


Etrange. J’ai comme des fourmillements dans les pieds et les mains. Je commence à frissonner. Il ne fait pas chaud cette nuit... mais le fait que mon tee-shirt s’allonge et s’élargisse n’a rien à voir avec la température ambiante.

Plus d’hésitation ! Je me décide et plonge littéralement dans la femme endormie. Enfin dans moi-même. Ce qui est assez exceptionnel, je l’avoue.
Plonger en soi-même sans Freud ni Jung. Pas dans son inconscient, non ! Mais dans sa propre chair. A corps perdu, sans se ménager, ni elle ni moi. Je dirais même « ni nous ».

Bruitage battements de cœur.

J’en ai la chair de poule, ce n’est pas donné à tout le monde de s’immerger dans une aorte, sentir battre son cœur de l’intérieur, avoir foi en son foie, assister à des feux d’artifice de neurones en ébullition sans avoir les nerfs en pelote, déclamer en plein dans le mille « Le poumon, le poumon vous dis-je ! »...
De quoi philosopher des heures : qui suis-je ? Où vais-je ? A quoi sers-je ?

Bruitage battements de cœur.

Soudain, je tombe sur un os. Et je comprends tout : cette expérience n’a rien de naturel. Il y a de quoi se faire du mauvais sang, je suis réellement dans le rouge, un liquide poisseux. Je n’ai vraiment pas de veine ; j’ai dû être miniaturisée sans même m’en rendre compte. Ensuite, j’ai plongé en moi-même sans que personne ne m’y oblige.

Maintenant comment inverser le processus ?
Je pourrais jouer les Belle au Bois dormant, dormir sur mes deux oreilles en me contentant de la sienne, la gauche qui n’est pas posée sur l’oreiller.

Mais l’angoisse est trop forte et je pense au film « Dans la tête de John Malkovitch », de quoi ne pas fermer l’œil de la nuit.

Bruitage battements de cœur.

Finalement mes paupières papillonnent... et c’est le saut dans l’inconnu.
Quand je reprends conscience, tout me paraît normal. Mon tee-shirt a retrouvé sa taille initiale. Je me relève au ralenti en soupirant : quel cauchemar !


Mais depuis ce matin, j’ai l’impression d’être habitée par un être minuscule qui me ressemble comme deux gouttes d’eau. A part la taille.
Ecoutez ! Ecoutez cette petite voix qui déclame avec candeur : « Le poumon ! Le poumon, vous dis-je ! »

Il va falloir que je m’y habitue. Il ne me reste plus qu’à faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Bruitage battements de cœur.


***


4- ETRE ÉCRIVAIN, C’EST PARFOIS RISQUÉ !


Ann Rocard


Lu pour la première fois lors d'une émission "A Fleur de peau" de RCF en novembre 2021 (le thème de l'émission étant le processus créatif — bâtir une histoire —).





Ludo Victor — mon voisin — est écrivain, il bâtit des histoires sans queue ni tête. Les Anglais appellent ça de la Fantasy avec un Y.

Une fois, j’ai emprunté l’un de ses livres de poche à la bibliothèque, et je n’ai pas dépassé la troisième page.
Une histoire à dormir debout ! Je n’ai pas besoin de ça pour m’écrouler sous la couette, d’ailleurs je ne prends jamais de somnifères.

A mon avis, monsieur Victor n’a pas toute sa tête. Son héros est un type venu de nulle part, le crâne presque chauve et la bouche vide, ornée d’une canine bien aiguisée ! Vous voyez le tableau ?
Il faut être dingo pour inventer des histoires pareilles ! Non, mais je rêve ! Il n’a vraiment rien d’autre à faire de ses nuits et de ses journées, ce gars-là.


Moi, j’ai un vrai travail, je construis des maisons.
En ce moment, je profite du week-end pour bâtir un mur entre nos deux jardins parce que je commence à en avoir assez. Je ne sais pas ce qu’il fabrique, ce Ludo Victor, mais plusieurs fois par semaine, il reçoit du monde bien avant l’aube.
J’aperçois des ombres qui glissent derrière ses pommiers, à côté de ma haie. Et ça gigote, et ça papote. Il y a de quoi m’inquiéter.


J’ai voulu en avoir le cœur net. Hier soir, j’ai mis mon réveil à 4 heures de matin.

Bruitage : sonnerie de réveil.

Me voilà dans le jardin, sur la pointe des pieds, armée d’une paire de jumelles infrarouge que j’ai dégotée dans le grenier de mon père. Dissimulée dans la haie, j’attends, l’oreille aux aguets.

Le voisin a laissé sa fenêtre entrouverte. D’abord, j’ai cru qu’il regardait un DVD...
Mais maintenant il se lève, une feuille de papier à la main ; je me rends vite compte qu’il relit un texte à voix haute. Il imite différents accents, agite les bras avec conviction. Il se prend pour un acteur en pleine répétition.

Et je ressens une étrange impression. J’entends des bruissements, des frôlements dans son jardin, à quelques mètres de moi. Pourtant mes jumelles ne détectent rien. Pas la moindre source de chaleur.


Et tout à coup, un personnage, vêtu d’une cape noire, se dresse près de la haie et me regarde droit dans les yeux.
Il n’a qu’un cheveu sur le crâne et une seule dent dans la bouche quand il grimace un sourire. Je suis tétanisée.

Pour détendre l’atmosphère, je fredonne en tremblotant :
« Ya qu’un cheveu sur la tête à Mathieu, y a qu’une dent, y a qu’une dent... »
Mais il m’interrompt en me tendant la main aux doigts squelettiques :
« Salut ! » Et il ajoute de sa voix d’outre-tombe :
« Ça fait du bien d’avoir de la visite. Le Ludo, il faut toujours qu’il recommence à zéro. Toutes les nuits, les mêmes gestes, les mêmes répliques. C’est lassant. »

J’ai du mal à déglutir :
« Vous travaillez avec mon voisin, monsieur Victor ?
— Je suis l’une de créatures. Son héros principal, si vous voyez ce que je veux dire. »
Je ne vois rien du tout. La lune vient juste de disparaître... et je n’en mène pas large.

Il insiste lourdement :
« Vous ne pourriez pas me débarrasser de papa Ludo ?
— Débarrasser ? Eliminer ? Supprimer ? »
Je n’avais pas remarqué qu’il dissimulait une faux derrière son dos. Il la brandit en proposant d’un air lugubre :
« Je peux vous la prêter, si nécessaire... »

Ni une ni deux, je prends mes jambes à mon cou et fais demi-tour. J’entends alors le type s’écrier :
« Puisque personne ne veut m’aider, je vais m’en occuper moi-même. »


Bruitage : sirène de pompiers ou police.


Il n’empêche que ce matin, les pompiers et la police envahissent son jardin.
Un écrivain qui perd la tête, ça arrive tous les jours, paraît-il. La Fantasy ne lui a vraiment pas réussi.

Bruitage : gong.


***


Date de création : 04/01/2022 : 08:39
Dernière modification : 22/01/2022 : 08:42
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