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Cette année, peut-être...

Cette année, peut-être...
Ann Rocard



Je dédie cette nouvelle à tous ceux que j’ai rencontrés lors de mon premier séjour en Bulgarie, dans les lycées et ailleurs.
Merci à Ellie de m'avoir fait découvrir Plovdiv et à Audrey de m'avoir accompagnée pendant quelques heures, en me confiant des détails sur les traditions liées au "1er mars".
Nouvelle écrite à Sofia le 2 avril 2012.




Rue de la vieille ville (Plovdiv) - photo de l'auteure



Iva s’était fixée à Plovdiv* où vivaient autrefois ses grands-parents ; elle y enseignait le français depuis plusieurs années.
L’hiver avait été rude, le printemps se laissait désirer, bouquet de rêves improbables. A la fin du mois de février, la jeune femme acheta des martenici pour fêter le premier mars et photographia l’arbre* rouge et blanc qui se dressait sur la place, non loin de chez elle.


photo d'Audrey Avila



Le dimanche matin, Iva aimait arpenter la vieille ville, pousser la porte d’une église et s’attarder dans la lueur diffuse et le parfum suave des bougies, à l’écoute du grésillement des mèches. Une façon de retrouver un peu de la confiance qu’elle avait perdue lors d’un premier échec amoureux.



Elle devait avoir une dizaine d’années quand sa grand-mère, Baba Milena, l’avait emmenée la première fois dans une église. Les flammes dansaient devant l’iconostase* et dans les larmes de Milena. C’était peu de temps après la chute du mur de Berlin. Auparavant, pratiquer la religion était interdit par le pouvoir communiste. Tout se faisait en cachette, à la maison...
Pourquoi Baba Milena pleurait-elle ce jour-là ? Iva ne s’en souvenait plus. Etaient-ce des larmes de joie après la démission de Todor Jivkov* ou des larmes amères liées à la disparition de son mari, Dimitar ? Peut-être les deux...
Chaque dimanche, la jeune femme revivait cet instant et elle sentait la présence de sa grand-mère, l’écho d’un souffle sur son visage.




Au lycée, le premier mars, les élèves étaient tout excités, ravis d’échanger des martenici. Les adolescents défilaient près du bureau d’Iva et fixaient les bracelets à son poignet en lui souhaitant :
« Chestita Baba Marta* ! »
A chaque nouvelle martenica, elle prononçait en silence le même vœu. Le même depuis cinq ans ! Perdue dans ses pensées, un sourire ironique sur les lèvres.
« Vous n’y croyez pas ? s’étonna Stoyan, l’un de ses élèves.
— Si », affirma-t-elle pour le rassurer.
Mais elle savait que cette coutume resterait sans conséquence. Pourtant elle s’accrochait à ce vœu comme à une bouée de sauvetage, d’année en année. Le vœu d’une rencontre, d’une vie nouvelle...

Autrefois, le premier mars s’achevait toujours par une dispute, ses grands-parents refusant de se mettre d’accord sur l’origine de cette tradition. Dimitar martelait de sa voix grave :
« Le khan avait envoyé un message à sa sœur, restée au pays des Bulgares. Et celle-ci lui répondit... »
La petite Iva connaissait la suite par cœur :
« La sœur du souverain attacha des fils de laine blanche à la patte d’une hirondelle. Quand l’oiseau se posa près du khan, la laine était tachée de rouge, car il s’était blessé.
— Exactement ! approuvait le grand-père en tendant l’oreille. Le khan noua les fils rouges et blancs sur sa poitrine. C’est la pure vérité ! N’écoute plus jamais les contes à dormir debout de Milena. Compris ? »
La petite Iva faisait mine d’accepter, mais elle préférait la version de sa grand-mère. Elle imaginait que c’était elle Martitchka qui conduisait les brebis sur le pré avec Baba Marta. Soudain son tablier rouge et blanc s’envolait, emporté par le vent, ne laissant que des fils de laine, accrochés aux buissons d’épines. Pour consoler Martitchka, Baba Marta torsadait les fils et les nouait au poignet de la petite fille et aux cous des agneaux.
Des années plus tard, Baba Marta avait encore aux yeux de la jeune femme le visage de sa chère grand-mère Milena.





« Chestita Baba Marta ! » Iva, elle aussi, avait offert des martenici à ses collègues, ses amis... et en avait reçu de nombreuses.
Maintenant, elle guettait le retour des cigognes. Au premier oiseau aperçu, elle ôterait un bracelet, le nouerait à une branche d’arbre en fleurs ou en bourgeons... et elle se dirait : « Cette année peut-être... »



Martenici nouées sur les branches d'un arbre de Sofia (photo de l'auteure).




Trois semaines s’étaient écoulées. Un samedi, elle était dans un bus qui la conduisait vers Veliko Tarnovo. Par moments, le bus bringuebalait sur les pavés ou la route défoncée. Les passagers ne s’adressaient pas la parole, certains somnolaient, d’autres téléphonaient. Et Iva cherchait des yeux des cigognes ; on lui avait assuré qu’elles étaient revenues. Les arbres fruitiers étaient en fleurs, les forsythias ensoleillaient les haies. Les buissons reverdissaient, prémisses d’un printemps timide, réservé, comme elle... Premiers mots de renaissance, ceux qu’elle avait encore du mal à prononcer.


La 2e cigogne s'est envolée juste quand l'auteure a pris la photo ! Dommage...



Soudain elle les aperçut... Là ! dans un nid de branches sur le toit d’une église. Un couple immobile ! Elle se persuada qu’il s’agissait des mêmes oiseaux que Baba Milena lui avait montrés du doigt, Iva venait alors d’avoir dix ans. Ce jour-là, la petite fille qu’elle était avait noué une martenica à une branche en chuchotant : « Je voudrais que mes grands-parents arrêtent de se disputer » ; le vieux Dimitar était mort la semaine suivante. Les disputes avaient en effet cessé, mais Baba Milena s’adressait toujours à son mari comme s’il était vivant, grognon et un peu dur d’oreille... parfois même en présence d’Iva qui s’inquiétait :
« Il est où ? Je ne le vois pas...
— Ecoute ton cœur », répliquait sa grand-mère.


Assise dans le bus, la jeune femme ne put accrocher tout de suite un bracelet à une branche. Elle devrait attendre l’arrivée à Veliko Tarnovo. Elle n’y était jamais venue ; aujourd’hui enfin, elle avait quitté son cocon, papillon en devenir. Elle voulait se prouver qu’elle en était capable. Cette nouvelle année serait différente ; elle voulait changer, grandir, recouvrer le sourire.

A la gare routière, elle descendit et chercha des yeux un arbre, perlé de fleurs ou de bourgeons. Pas question de confier son bracelet au premier arbre venu ! Elle voulait que sa silhouette reste gravée dans sa mémoire.





Celui-ci, sans prétention, lui ressemblait. A l’écart du bruit et du monde. En nouant la martenica à une branche, Iva répéta une fois de plus le vœu tant de fois formulé — elle croyait encore aux contes de fées. Elle imagina un cavalier qui parcourait la Vallée des Roses, se dirigeait vers la montagne, s’arrêtait devant un monastère, sautait de son cheval et allait allumer une bougie. Iva soupira, moqueuse : décidément, quand parviendrait-elle à se libérer de ses rêves de petite fille ? La réalité était toute autre.



Vieille rue de la ville de Veliko Tarnovo... sous la pluie ! (photo de l'auteure)




La jeune femme se dirigea vers la vieille ville. La forteresse se dressait sur la falaise à travers un rideau de pluie. Iva commençait à regretter son expédition. Trempée, elle se réfugia dans une église, un sentiment de paix l’envahit aussitôt. Elle se sentit protégée, plus rien ne pourrait l’atteindre. La lueur jaune, intimiste. L’odeur suave comme autrefois. Le grésillement pareil à un refrain connu... et cette caresse étrange qu’elle était peut-être seule à ressentir.
Un homme lui tournait le dos, un livre français à la main. La nuque dégagée, assez large. La tête légèrement penchée. Il feuilleta son guide, admira quelques icônes*. Quand il se retourna, leurs regards se croisèrent et elle sut que désormais sa vie ne serait plus la même. Un prince de conte de fées, sans cheval, la tête dans les nuages et le cœur en friche. Iva entendit alors sa grand-mère murmurer : « Je t’avais bien dit que les vœux finissaient toujours par se réaliser... »



Quelques notes :
* Plovdiv : 2e ville de Bulgarie, après Sofia, la capitale.

* Une martenica (prononcer marténitsa), des martenici (prononcer marténitsi) ; ce sont des fils de laine rouges et blancs torsadés, maintenus ou non par une perle, petits bracelets. On trouve aussi des sortes de pompons comme au début de l'article et ci-dessous.



* L'arbre décoré sur l'une des places de Plovdiv : des rubans rouges et blancs sont enroulés autour du tronc. Des fleurs en papier crépon rouges et blanches sont fixées aux branches de l’arbre. Photo, prise par Audrey Avila.


Exemple d'une iconostase dans une petite église de Plovdiv (photo de l'auteure).



* Une iconostase est une cloison (en pierre ou en bois) qui se trouve dans les églises orthodoxes. Elle sépare le pope (le prêtre orthodoxe) dans le sanctuaire des autres personnes situées dans la nef.

* Todor Jivkov : chef de l’Etat et du parti communiste bulgares pendant 36 ans avant de démissionner le 10 novembre 1989.

* Chestita Baba Marta ! : C’est la formule prononcée le premier mars quand on offre une martenica ; cela signifie mot à mot « Joyeuse Baba Marta » du nom de la grand-mère de la légende qu’Iva évoque plus loin.

* Veliko Tarnovo : ville située à 126 km au nord-est de Plovdiv. Le panneau ci-dessous a été photographié par l'auteure dans cette ville.



* Une icône : C'est une image représentant un personnage religieux (par exemple un saint comme saint Georges terrassant le dragon ci-dessous) dans la tradition chrétienne orthodoxe.



exemple d'icône


Date de création : 03/04/2012 : 14:53
Dernière modification : 28/03/2014 : 08:28
Catégorie : Nouvelles (adultes-gds ados)
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